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Voyage au coeur du Festival des Arts

TROISIEME EDITION DU FESTIVAL NATIONAL DES ARTS

 




Du 1er au 6 novembre 2009 s’est tenue la troisième édition du Festival National des Arts, à Port Vila. Ce festival haut en couleurs a permis de rassembler des milliers de personnes venues de toutes les îles du Vanuatu, mais aussi des quatre coins du Pacifique. Symbole d’un véritable échange culturel, ce festival a été l’occasion de remettre les arts de la culture mélanésienne au goût du jour.  Légendes, danses, contes traditionnels, mais aussi magie, dessins sur sable, art culinaire et musique étaient au rendez-vous.

Le festival a débuté avec une cérémonie d’ouverture où, comme à l’accoutumée, une dizaine de cochons ont été sacrifiés en l’honneur des chefs des différentes provinces s’étant déplacés pour l’évènement. Chacun à leur tour, les chefs se sont exprimés sur l’importance de préserver la coutume, appelée kastom en bichelamar.


Petit détour historique

Pour comprendre l’ampleur et l’importance du Festival des Arts, faisons un petit détour par l’histoire. La société mélanésienne a été, tout au long du XIXème siècle, fortement déstabilisée par le choc des cultures. Le trafic de main d’œuvre, mieux connu sous le nom de blackbirding, et la colonisation de l’archipel ont profondément bouleversé les sociétés traditionnelles. Mais c’est surtout l’évangélisation du Vanuatu, à l’époque encore appelé Nouvelles Hébrides, qui a détruit peu à peu l’ordre traditionnel. En effet, les missionnaires s’étaient fixé comme but de redonner une âme au peuple au sein duquel ils vivaient.
Pour cela, il fallait reconstruire autour d’une identité religieuse. L’ordre traditionnel, à leurs yeux l’ordre païen, devait se substituer à l’ordre chrétien.
Ainsi, les lieux de l’identité et les sites d’habitat mélanésiens, chargés de sens et de symboles, furent tout simplement abandonnés, l’ensemble des coutumes étant combattu par les missions chrétiennes. Nombre de croyances et de rites traditionnels comme les danses et les chants étaient désormais condamnés à disparaître de l’horizon.


Le retour de la Kastom


Missionnaires et colons furent alors convaincus d’avoir fait disparaître l’authenticité et les coutumes de la société mélanésienne. Pourtant, malgré un processus indéniable d’acculturation rapide et tous les bouleversements sociaux, politiques et culturels, les Mélanésiens ne subirent pas pour autant passivement la situation du contact colonial. Les lignes de force de la société traditionnelle, restées sous-jacentes, ne demandaient qu’une chose : réapparaître. La société mélanésienne, que l’on croyait être devenue un « vide culturel », avait en réalité conservé son identité et une indubitable aptitude à se reconstruire. Preuve en est, l’indépendance du Vanuatu en 1980, est accomplie au nom de la coutume et de la terre et va servir de véritable révélateur culturel. La terme de Kastom, revendiqué comme un cri de ralliement, va permettre un retour aux racines.

 



Tradition et Modernité

Ce détour par l’histoire nous permet de comprendre la portée réelle du Festival des Arts. Plus qu’une simple démonstration du savoir-faire et des arts locaux, ce festival est l’occasion de faire revivre les coutumes des ancêtres. Car si les Ni-Vanuatu ont su faire ressurgir l’ordre traditionnel après des années de colonisation, il est aujourd’hui difficile de lutter contre les effets de la mondialisation accélérée. Les contacts entre cultures, l’exportation du modèle occidental et l’arrivée des nouvelles technologies sont aujourd’hui responsables, partout dans le monde, de l’érosion des cultures singulières. Au Vanuatu, seuls quelques villages continuent de vivre selon l’ordre traditionnel et de perpétuer les coutumes ancestrales. En dehors de ces villages préservés, on vit aujourd’hui à mi-chemin entre culture mélanésienne et culture occidentale.

 



Le Festival des Arts est donc d’une importance cruciale. Il permet de réveiller les esprits et de perpétuer les croyances et pratiques traditionnelles transmises de générations en générations, croyances et pratiques qui tendent aujourd’hui à s’estomper, bien que toujours très présentes dans les esprits. Ce festival est également l’occasion pour des gens issus d’autres pays de découvrir ou redécouvrir les multiples facettes de la culture vanuataise. Des légendes aux danses, en passant par les contes, la magie, les dessins sur sable, le tissage de nattes et de paniers et la musique, ce festival a rassemblé des centaines d’artistes témoignant de la richesse culturelle du pays.

Le Festival National des Arts est la preuve que les Ni-vanuatu ont cette force inouïe de ne pas oublier leur passé et leurs traditions. La vague de la mondialisation peut bien venir s’échouer sur les côtes mélanésiennes et créer des bouleversements sociaux et culturels sans précédent, le Vanuatu, qu’on appelle « le pays qui se tient debout », est un des rares pays de ce monde à pouvoir se vanter d’avoir réussi à concilier tradition et modernité.

 

 
Nouvelle édition de Tôghàn

RENCONTRE AVEC MARCEL MELTHERORONG POUR LA NOUVELLE EDITION DE SON ROMAN TÔGHAN


Nous avons rencontré Marcel Melthérorong, musicien vanuatais né en 1975, qui a publié son premier roman, Tôghàn en 2007. Ce livre retrace l’histoire de Tôghàn, un jeune originaire du Vanuatu incarcéré dans une prison en Calédonie, terre où il a grandi. Cette semaine sort une deuxième édition, préfacée par Le Clezio, célèbre écrivain français.

D’où vient ton désir d’écriture ?

En fait j’ai travaillé pendant plusieurs années à l’Alliance Française, et j’ai pu rencontrer beaucoup de gens qui m’ont donné envie d’écrire. Des écrivains, des poètes. J’ai pu voir le plaisir que l’écriture leur procurait. Et puis surtout, j’ai eu envie de montrer aux jeunes d’ici qu’on peut écrire et partager des choses avec les lecteurs, et ce, sans forcément avoir fait d’études. Ici, l’école est payante et tout le monde n’a pas forcément la chance de pouvoir faire de longues études. Ce livre, c’est la preuve que l’on peut réussir si on s’en donne les moyens. Avec la maison d’édition de l’Alliance Française, jeunes et moins jeunes peuvent maintenant publier leurs écrits et partager leur vision de la vie. C’est aussi dans le but d’encourager les jeunes à écrire que j’ai décidé de publier Tôghàn.

Comment est né Tôghàn ?

En fait ce qu’il faut comprendre c’est que je n’ai jamais eu l’intention de publier. J’ai écrit ce livre pour moi. J’avais l’habitude d’écrire des chansons pour mon groupe, et puis je trouvais cela parfois trop court. Il y a des détails que l’on ne peut pas faire apparaître dans une chanson.  Alors un jour j’ai eu envie d’écrire une grande chanson. C’est de là qu’est né Tôghàn. Au début, c’était juste un texte de quatre ou cinq pages que j’avais écrites pour délirer après les Rencontres Francophones. Je l’ai ensuite fait lire à Georges Cumbo, avec qui je travaillais à l’époque à l’Alliance Française, et c’est lui qui m’a encouragé à le publier.



La première édition de ton livre est sortie en 2007. Comment a-t-elle été reçue ?

Elle a été très bien reçue, d’autant plus que c’était la première fois qu’un auteur francophone du Vanuatu publiait un livre. On en a pas mal parlé ici et en Calédonie. Je suis aussi allé au salon du livre, à Paris. Ça m’a fait bizarre, je n’avais pas l’habitude de voir autant de monde. J’ai également goûté au plaisir des séances de dédicace.

Cette nouvelle édition est préfacée par Le Clezio, un des grands auteurs de notre époque. Comment s’est passée cette rencontre ?

En fait, il a lu mon livre et m’a écrit une très belle lettre. Moi je ne savais même pas qui il était à l’époque. Et puis j’ai appris par la suite la grandeur du personnage. Il a d’ailleurs reçu le prix Nobel de Littérature l’année dernière. C’est vraiment quelqu’un de vrai, qui a envie que les générations se retrouvent dans les productions créatives. Il souhaite que l’on avance et que l’on arrête de parler du passé. Je suis vraiment honoré qu’il ait fait la préface de ce livre.


As-tu un autre livre en préparation ?


Oui, je suis en train d’écrire le deuxième, qui sera un peu la suite de Tôghàn. Mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant.

 

 
Tabu Faea de KRK

SORTIE DU DVD “TABU FAEA” DE KALJA RIDDIM KLAN

Kalja Riddim Klan, plus communément appelé KRK, a lancé son premier DVD le 29 octobre 2009 à l’Alliance Française.

KRK, c’est un groupe de musiciens d’un peu partout qui a pris forme en 2005 à travers l’association Kastom Stori, puisque le groupe accompagnait à l’origine une troupe de conteurs. Aujourd’hui, dépendamment des scènes, KRK regroupe de 6 à 15 musiciens qui viennent d’un peu partout dans le monde. Chaque membre du groupe apporte ainsi ses influences musicales et culturelles, créant des rythmes et melodies hors du commun.

 

 


Violon, guitare, percussions traditionnelles et africaines, flûte du Vanuatu et d’Amérique du Sud, basse ou encore batterie, chacun a son instrument de predilection. Les trois chanteurs écrivent chacun leurs textes sur des thèmes tels que la tradition, la violence, le passé, le respect mais aussi l’actualité. En bichlamar, en anglais, en français et en langue vernaculaire, KRK est un veritable mélange d’influences musicales, à mi-chemin entre tradition et modernité.
KRK a déjà donné beaucoup de concerts, avant même la sortie du premier album, “Long Taem Bifo”, à Nouméa en 2006. Depuis, Kalja Riddim Klan participe à de nombreux évènements musicaux aussi bien à Efate que dans les autres îles de l’archipel. Le groupe a d'ailleurs participé cette année au Fest’Napuan, comme à son habitude.

Chaque membre de KRK participe également à de nombreux projets. Marcel Melthérorong, alias Mars Melto, a publié un livre en 2007 dont la nouvelle edition sort prochainement. Deux membres du groupe ont ouvert un centre musical, tandis que d’autres se produisent en Nouvelle-Calédonie avec Titamol, ravivant des coutumes grâce à une parfaite combinaison de musique et de danse.

En collaboration avec l’Alliance Française est sorti le 29 octobre dernier le premier DVD de KRK qui comporter de nombreuses chansons ainsi que des bonus.

 
Association Nawita

L'ASSOCIATION NAWITA : POUR LA PROMOTION DE L'ART CONTEMPORAIN



Naissance de l’association NAWITA

C’est en 1987 que naît l’association NAWITA, quelques années après l’indépendance. Les artistes, se rencontrant fréquemment dans les nakamals, au fil de leurs discussions, décident alors de mettre en place un mouvement d’art contemporain au Vanuatu. La première réunion prend lieu à la galerie « L’atelier », qui sera désormais le point de rencontre des artistes. Sous la présidence d’Emmanuel Watt, l’association NAWITA est officiellement créée en 1989, dans le but de promouvoir l’art contemporain au Vanuatu. Ainsi, cette année marque le début d’une série d’expositions de jeunes artistes vanuatais qui ont enfin l’opportunité de pouvoir exposer leurs œuvres. Sculptures, peintures, poteries et tapisseries font donc leur entrée à l’Espace Culturel de l’Ambassade de France.


Les artistes

Parmi les peintres, citons Matthew Abbock, David Ambong, Mickael Busaï, Gui Deroin, Joseph John, Sero Kuantonga, Ralph Regenvanu,  Jean Claude Touré, Alvaro Kiki Kuautonga, Andrew Ulas, Taitu Tensley Kuautonga, Nikiyaatu Kuautonga.
D’autres artistes se spécialisent dans la poterie, tels que Sylvester Bulesa, ou dans la sculpture, comme c’est le cas pour Tony Bruce, Alik Sam, James Sepeta, et Emmanuel Watt. Mozez Jobo et Juliette Pita, se consacrent quant à eux aux tapas et aux tapisseries.

 


Partenariat dans le Pacifique

L’association NAWITA participe activement à l’essor de nouvelles formes d’expression. Citons par exemple la sculpture sur corail noir, le renouveau du tapa d’Erromango, la bande dessinée ou encore la sculpture de la noix de natangora. Au fil des années, l’association accueille de nouvelles générations d’artistes et noue des relations avec l’étranger. Ainsi, de nombreux projets ont pu être mis en oeuvre avec l’Agence de Développement de la Culture Kanak, l’association Djinu Owa d’artistes Kanak de Nouméa, l’association Do Hunny de Hienghene, et le Centre Culturel de Djibaou.



Expositions à l’étranger


L’association Nawita a permis aux artistes locaux d’être exposés non seulement au Vanuatu, mais dans toute la région Pacifique et même en Europe. Ainsi, Mickael Busaï  Mozez Jobo, Eric Natuoivi, et Joseph John ont par exemple participé à des expositions en Australie. Sero Kuautonga, le président de l’association, a exposé aussi bien en Nouvelle-Zélande qu’en Suisse ou en France. Nikiyatu Kuantonga a pu perfectionner sa technique grâce à des échanges avec l’Indonésie, tandis qu’Emmanuel Watt, le premier artiste contemporain Ni-vanuatu, a réalisé de nombreux échanges internationaux avec la France, la Chine, l’Australie et la Nouvelle-Calédonie. Citons également Juliette Pita, reconnue pour être la première artiste Ni-vanuatu à maîtriser la tapisserie, qui a participé à des expositions un peu partout dans le monde, et notamment en Suisse, en Australie et en Angleterre.

 


Des racines pour demain

Un guide des artistes contemporain intitulé « Ol rus blong tumoro » est disponible sur Internet.  Si vous souhaitez en savoir plus sur les artistes de l’association Nawita, mais également sur l’association Redwave et la Fondation Suzanne Bastien, procurez-vous la version papier, publiée par les Editions de l’Alliance Française. Vous pourrez ainsi tout savoir sur les artistes, leurs origines, leurs spécialités et techniques de prédilection, leurs inspirations ainsi que leur vision de l’art vanuatais et mélanésien. Ce guide présente les femmes et les hommes qui font vivre l’art du Vanuatu et participent à son rayonnement aussi bien à l’échelle locale qu’internationale.

 
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